Carnet de voyage
Randonnée équestre "Hells Back Bone"
'ai regardé trop de westerns quand j'étais jeune et forcément, non seulement ça m'a donné envie de monter à cheval, mais ça m'a surtout donné envie d'aller monter dans ces mêmes décors. Le circuit de Western Horizon semblait correspondre à ce que je recherchais. Afin de consigner à jamais les bons moments, j’ai tenu mon journal, extraits…
Samedi 7 août
L'arrivée sur Las Vegas était assez impressionnante. Il paraît que c'est une ville que les astronautes repèrent très facilement depuis l'espace à cause de la lumière, et moi foi ça ne m'étonne pas. L'aéroport est à la mesure du pays (et de la ville), absolument gigantesque avec des machines à sous partout (bon je sais, on m'avait prévenue mais quand même ça surprend). Rémy l'accompagnateur nous attendait au carrousel à bagages. Le temps de récupérer nos sacs et nous quittons l'aéroport climatisé. Grande baffe de chaleur "Eteignez le four SVP" et Rémy de nous dire "oh, il fait bon ce soir". Ca promet.
Lundi 9 août
La première balade (8 km aller-retour) nous mène sur Angels Landing, promontoire perché à 453 mètres d'altitude où l'on accède par des chemins que même certaines chèvres n'oseraient pas emprunter. Mais la vue du haut vaut tous les efforts. On surplombe la rivière et les canyons. La roche rouge et blanche se mêlent au bleu du ciel et au vert des arbres. C'est absolument superbe. A retour, la récompense se trouvait au bout du chemin, ceux qui avaient abandonné à mi-chemin nous attendaient les pieds dans l'eau.L'après-midi, direction les Narrows. Le spectacle est saisissant : les falaises s'élèvent de part et d'autre de la Virgin river (qui n'a de rivière que le nom, car je connais des torrents avec plus d'eau), parfois sur 600 mètres.
Mercredi 11 août
Nous voilà au pays des cow-boys. La ville est minuscule et ne compte pas plus de 150 habitants. C'est d'ailleurs la dernière ville des Etats-Unis où l'on a distribué le courrier à dos de mule. Et si ça, ça n'est pas une référence…Ce coin de la région est désertique, pas au sens grande étendue de sable (on n'est quand même pas au Sahara), mais la seule chose qui pousse ce sont des arbustes rabougris, des sapins, des buissons et des cailloux. Sur la route (pas goudronnée) qui mène à l'écurie nous sommes partis au grand galop de front. Galop effréné plutôt. "Laissez passer la horde sauvage". C'était du à fond la caisse, on fait la course, tout le monde se double… Je n'ai jamais galopé aussi vite de ma vite. Je n'étais pas très rassurée, mais c'était grisant.
Jeudi 12 août
J'ai un peu discuté avec Bob sur la route. Il parle très lentement et articule, ce qui permet de le comprendre parfaitement. Il nous dit que si l'on trouvait des vaches en route on pourrait les monter vers les pâtures plus haut dans la montagne.Effectivement nous avons trouvé des vaches en route. Pour les premières ça a été assez drôle d'ailleurs "Chut il y a des vaches. Ah non ce sont des rochers". Heu Rémy pourquoi ils bougent leurs oreilles les rochers à Boulder ? C'est vraiment extra de faire avancer les vaches. On est complètement indépendant, chacun va à son rythme, part dans son coin ramener une vache dans le bon chemin. Chacun travaille autour du troupeau et on ne se suit pas en file indienne ! Ah ça change des balades classiques…
Vendredi 13 août
Au petit déjeuner, en préparation de notre rude journée, un vrai repas de cow-boy : bagel aux blueberries, omelette, bacon et raisins et jus d'orange (ouf !). Nous sommes donc repartis au même endroit que la veille et avons commencé à rassembler les vaches que nous trouvions en route. A 14h30, nous étions donc à nouveau en selle pour affronter la partie la plus dure du convoyage : le reste de la route était un chemin de deux mètres de large au mieux au milieu de la forêt bien tassée, pleine d'arbres, de pierres et tout en montée. Il fallait tout le temps aller récupérer les vaches, qui refusaient obstinément de marcher là où c'était plus facile, et se perdaient à loisir au milieu des arbres. Les chevaux n'ont peur de rien et avancent même quand ils doivent pousser les branches d'arbres devant eux, sauter par dessus des arbres morts, monter des "sentiers" raides. Ils sont vraiment extraordinaires.
Samedi 14 août
Et nous voilà de nouveau repartis pour la forêt avec le van. Je suis montée devant de façon à pouvoir discuter avec Bob. Après tout les autres ont plus de mal à parler anglais et je dois souvent assurer la traduction. Bob est très fier de ses garçons. Cette année il avait organisé un rodéo pour les enfants (rodéo sur veaux). Sur les quinze inscrits, seuls cinq garçons se sont présentés, dont les trois siens ! Il avait acheté une boucle de ceinture à offrir au gagnant du rodéo mais du coup il en a acheté une à chacun des gamins, avec leur nom, le nom du ranch et la date afin de les féliciter. A côté de ça, il m'explique qu'il ne les laisse pas pleurer, car quand on pleure, ça fait encore plus mal, alors que si on serre les dents, la douleur passe. "Les femmes ne devraient pas pleurer non plus d'ailleurs". Et oui, nous sommes bien chez les cow-boys, la vie à la dure.
Dimanche 15 août
Petit déjeuner à 7h30 car comme la balade se fait dans le désert il va faire chaud, il faut donc partir de bonne heure. Au total nous avons fait 40 kilomètres en environ cinq heures et une vingtaine de galops, sur des sentiers sinueux entourés d'arbres. Je me suis fait allègrement fouetter par les branches et j'ai mangé plus que ma part de poussière. La balade s'est faite dans le désert d'Escalante. Le paysage est absolument superbe, je ne pourrai plus jamais revoir les westerns avec le même état d'esprit. La dernière partie de la balade s'est faite le long de la rivière Escalante qui zigzague paresseusement au fond du canyon, si bien qu'on l'a traversée assez souvent. Ca a certainement été la plus belle balade du séjour, peut-être parce que c'était aussi la dernière ?
Mardi 17 août
Me voilà enfin au pied des célèbres roches rouges chères à John Ford. Je vais revoir mes classiques en rentrant avec un oeil différent. Les chevaux sont des mustangs qu'Hermann et son frère, des Navajos "full blooded" ont capturé et dressé. J'hérite d'une petite jument blanche du nom de "White Snow" assez rapide. Rémy nous avait prévenu, autant Bob ne connaît que le pas et le galop, chez les indiens les balades se font quasi intégralement au trot… Trois heures de trot, croyez-moi ça fait les cuisses, d'autant que c'est du trot assis. Certains ont abandonné, raccourci leurs étriers et monté à l'anglaise pour pouvoir trotter enlevé (mais avec le pommeau c'est pas terrible). Ca ne nous a pas empêchés de faire quelques galops assez sympathiques, d'autant qu'ils n'étaient généralement pas lancés par Hermannn, mais par nous quand nous avions envie de nous faire plaisir. En fait, il n'est pas habitué à avoir de bons cavaliers, et la plupart des balades se font au pas, ou au petit trot, mais nous maintenant nous sommes habitués à faire les fous, et comme ici il n'y a pas d'arbres on a encore plus envie de galoper. Sur la dernière partie de la balade nous nous sommes lancés dans un grand galop pour faire la course. J'ai poussé mon cheval à fond, un vrai régal.
Dîner chez les indiens d'un "taco Navajo". Puis nous nous sommes rassemblés autour du feu pendant qu'Hermann nous parlait des Navajos, puis nous a chanté quelques chansons traditionnelles. Certains ont installé les toiles de tente par terre et se sont couchés dans le Hogan, la maison traditionnelle des Navajo. Ca faisait assez dortoir tous en rang d'oignons. Un autre groupe est allé se coucher autour du feu. Pour ma part, je me suis installée toute seule à l'écart des arbres pour pouvoir admirer le ciel étoilé et les étoiles filantes. L'air est un peu frais, mais mon duvet est bien chaud, le contraste est agréable. Il y avait un orage époustouflant derrière Monument Valley. Au début, j'ai cru qu'il s'agissait d'un spectacle de son et lumière ; ce qui en quelque sorte était vrai, sauf que mis en scène par un pyrotechnicien d'un autre calibre. Les éclairs étaient impressionnants. C'est vrai qu'en ville, les orages on ne les voit pas. On a juste le bruit, un peu de lumière aux fenêtres et la pluie. Ici les éclairs étincellent et on voit l'orage se déplacer au loin.
Vendredi 20 août
Promenade le long du Grand Canyon avec de nombreux arrêts pour admirer les points de vue. Le temps est un peu couvert, c'est dommage, mais il paraît qu'il y a très souvent un peu de brume au-dessus du Grand Canyon, brume due à la chaleur… La vue du Grand Canyon est époustouflante. C'est vraiment aussi grandiose qu'on me l'avait dit. Séances photos dignes des touristes japonais pour des photos de groupe et Rémy nous a rejoint après avoir payé pour le camping. Déjeuner dans un coffee shop et route vers St Georges pour des courses dans une boutique où s'équipent les cow-boys (donc pas du tout touriste) pour leurs vêtements et le matériel d'équitation. Retour au point de départ : Las Vegas. Rémy nous fait visiter quelques-uns des casinos et nous testons notre chance avec quelques dollars avant d'aller se coucher, des fois qu'on pourrait rester une semaine de plus…
Tant de souvenirs et d'images se bousculent encore dans ma tête. Mais on ne peut pas forcément mettre sur le papier les instantanés qui ont fait de ce voyage ce qu'il a été. Les rires partagés pour des bêtises, la montée d'adrénaline face au vide, le souffle coupé par la beauté d'un paysage, l'émotion à voir des dizaines de marmottes s'enfuir devant soi, le piqué d'un aigle chassant, la sensation de plénitude en contemplant les étoiles dans le ciel la nuit au-dessus de Monument Valley, et se dire "ça y est, j'y suis enfin, j'ai accompli un rêve". Autant d'instants précieux qui resteront à jamais dans mon coeur… L’Agence du voyage à Cheval , peut vous permettre de vivre cette expèrience.