Carnet de voyage
Convoyage de bétail en Utah
J'ai pour habitude de tenir un journal en vacances. Une façon de consigner au jour le jour les impressions, les images, les sentiments, un moyen de noter les lieux visités. Je n'en suis pas à mon premier convoyage (celui-ci est en fait le 3ème que je fais) mais à chaque fois c'est une nouvelle expérience. Extraits…
Dimanche 26 octobre
Départ pour Mesquite et son fameux brunch du dimanche. Certains en profitent pour finir leur nuit… C’est globalement une équipe assez joyeuse qui s’apprête à aller pousser les vaches.Pause obligatoire sur le promontoire d’Aquarius Plateau et Rémy de nous montrer la route. Le ranch est vers la gauche. Heu… Rémy t’es nul, pourquoi tu vas à droite alors ? C’est assez sympa de voir la route serpenter vers le bas, et ayant apporté mes jumelles j’en profite pour admirer plus loin. Le passage sur les falaises avant l’arrivée a quelque peu inquiété Sylvie. Il faut dire que la route suit les crêtes et à un endroit en particulier la falaise n’est pas plus large que la route (à moins que ça ne soit le contraire…). Piste à gauche en direction du ranch. Et oui le ranch n’est pas vraiment en ville… Quand j’avais dit que le ranch était perdu au milieu de nulle part. Mais personne ne me croit jamais, c’est lassant à la fin !
Lundi 27 octobre
Relativement bien dormi, dur de se lever par contre. Mais je ne suis pas la seule à souffrir du décalage horaire, autour du petit déj Rémy a demandé qui étaient les fous qui traînaient déjà avec leurs éperons aux pieds dès 6h00 du matin, alors que le petit déj’ était prévu pour 8h00.Ryan le cow-boy d'un ranch voisin vient nous prêter main forte. Il reste encore environ 150 bêtes en forêt qu’il faut aller chercher et descendre en ville. Ceci dit Bob est quelque peu tracassé. Ils ont souffert tout comme nous de la sécheresse cet été, et les points d’eau sont rares. Demain il partira voir ce qu’il trouve, sinon faute d’eau on risque de ne pas pouvoir descendre les vaches vers les moodies. Heu… on fait quoi nous alors si il n'y a plus de bétail à convoyer ?Arrivés en forêt au point de départ, nous nous séparons en deux groupes. Bob nous demande notre attention pour nous donner quelques conseils sur la monte western et la façon dont ses chevaux sont dressés. Nous voilà partis. Question : pourquoi ne desselle-t-on jamais son cheval, ne desserre-t-on pas la sangle, pourquoi se contente-t-on d’un tour de rêne autour d’une branche ? Exemple pratique : nous étions en train de sortir les provisions des différentes fontes quand l’un des chevaux s’est cabré. Trop attaché, ou la rêne ayant glissé, il a tiré la barrière à laquelle étaient attachés les autres chevaux. Panique à bord. L’un d’eux a cassé sa rêne et est parti, nous avons calmé les autres, mais la confusion avait paniqué les vaches qui ont détalé vers la forêt. Cathy et Rémy ont sauté en selle pour les rassembler, tandis que Pic partait chercher son cheval et nous finissions de calmer les autres chevaux. Bob nous rappelle qu’il ne faut surtout pas attacher les rênes, mais faire une simple boucle. Ainsi quand le cheval tire, la rêne se déroule et on évite la casse. Plus de peur que de mal, Rémy et Cathy ramènent les vaches, Bob répare la rêne et nous mangeons sandwichs et cacahouètes. Le déjeuner est une affaire rapide ici. Très vite nous remontons en selle. Nous descendons par la piste puis la route vers le ranch sans trouver d’autres vaches, mais en ayant quelques démêlées avec certaines des vaches qui vraisemblablement ne veulent pas aller en ville.Au fur et à mesure de notre descente, le paysage change aussi, les buissons de sauge, le rabbit bush (un buisson charmant qui dépose de toutes petites pistils sur tout ce qui passe à proximité, tel une chute de neige sèche)… et la poussière. Le lot quotidien du cow-boy.
Mardi 28 octobre
Le programme de la journée : nous allons descendre les bêtes en ville. Celles que nous avons descendues hier, et d’autres que Bob avait déjà ramenées. Nous nous répartissons pour cadrer le bétail à sa sortie du corral et nous assurer qu’il prend la bonne direction. Je pars devant fermer le chemin qui mène au ranch.9 miles en environ 4 heures par la route. Cette fois plutôt que de rester à piétiner et m’ankyloser à rester au pas derrière le troupeau, je suis partie sur le flanc droit pour remettre les égarées sur le bon chemin et les empêcher de prendre les chemins de traverse. Je m’éclate. En attendant la descente est fort sympathique avec les séquences animées lors de passages de voitures. Rémy avait prévenu tout le monde que le passage par la route est l’un des moments forts. On reconnaît bien les gens du coin qui savent parfaitement ce qu’ils doivent faire et les touristes qui nous demandent conseil et nous prennent en photo. Ca me fera toujours rire ça, les américains qui me demandent s’ils peuvent prendre une photo !Ryan est resté avec nous. Cet après-midi nous devons séparer les bêtes par propriétaire. Un petit groupe se charge de séparer les vaches pour les faire aller vers la porte menant aux différents corrals. De notre côté, Ryan nous avait affecté chacun à une porte et nous indiquait qui devait ouvrir en fonction des arrivées. Pas toujours commodes ces bestioles. A un moment, l’une d’elles –avec des cornes, forcément- a foncé vers moi et Cathy et je pense que nous avons battu tous les records de vitesse de saut à la barrière. Je ne pense pas avoir marché, je crois que j’ai littéralement volé.
Mercredi 29 octobre
Et c’est parti. Les vaches avancent vite et nous allons loin. Ayant déjà photographié le coin, je me contente d’en profiter, tandis que les filles mitraillent tout ce qui bouge – et ne bouge pas d’ailleurs. Il fait beau, les couleurs sont superbes. Je pars m’amuser à droite et à gauche au galop. Nous sommes suffisamment nombreux pour qu’il y ait toujours un groupe à proximité du bétail.Les vaches ont trouvé le moyen de s’éparpiller pendant que nous déjeunions et nous devons suivre les traces dans le sable pour les retrouver finalement sous un bouquet d’arbres. J’ai adoré ça : suivre les traces au sol pour retrouver leurs propriétaires. C’est génial ! J’ai poursuivi jusqu’en haut de la colline pour m’assurer qu’aucune n’était allé plus loin. Généralement elles restent groupées, mais je préférais vérifier, j’aurais été très vexée d’en avoir raté.
Jeudi 30 octobre
Nous rassemblons les bêtes qui sont sur les bords tout en avançant et essayons de les compter, ce qui n’est pas une mince affaire. J’aimerais vous y voir, elles n’arrêtent pas de bouger. La seule solution que j’ai trouvé est d’essayer de les compter par couleurs, les noires, les à tâches, les claires, les veaux, celles à cornes. Mais même comme ça pas évident du tout. Cependant au fur et à mesure de notre avancée dans le canyon nous réalisons qu’il en manque et qu’il n’est pas possible qu’elles aient autant avancé dans la nuit ou le matin. Arrivés à la sortie du canyon, il n’y a aucune trace de part et d’autre de la barrière à bétail, nous sommes forcés d’admettre qu’une partie du troupeau a fait demi-tour dans le canyon pour regagner la rivière. Rémy fait demi-tour avec Manu, Alex, Ryan et nous laisse continuer en avant avec le reste des vaches. " Tu connais la route Susana ". Me voilà nommée chef ou quoi ? Sur le coup je n’ai pas été plus surprise que cela. Je connais le chemin, c’est tout droit, il suffit de suivre la route, Ludo qui connaît également le chemin était là aussi. Mais un peu plus tard je me suis dit que c’était quand même une sacrée marque de confiance et, soyons réaliste, quelque chose que jamais nous ne pourrons vivre ailleurs. Un groupe de touristes qui part seul avec une partie du troupeau ? En attendant le vent était encore plus fort que la veille et la course aux chapeaux connaissait de plus en plus de succès… Ayant vu Ryan ramasser un chapeau sans descendre de cheval la veille, Kirt a essayé de faire pareil avec un chapeau arrêté à ses côtés. C'est la version cow-boy du horse-ball. Quelque peu laborieux mais elle a réussi… pour voir son propre chapeau s’envoler à l’instant même où elle se relevait avec l’autre!
Vendredi 31 octobre
Le temps de finir les bagages et nous faisons un peu de ménage, avec une scène classique où les garçons ont levé les pieds pour nous permettre de pouvoir balayer sans être gênées. Tant pis pour eux, nous les regarderons charger le minibus les bras croisés (je suis obligée d’avouer, une photo le prouve). Non mais… Encore un superbe voyage. L’ambiance a été sympa et j’ai été soufflée par la résistance de tous ceux qui n’ont pas l’habitude de monter. Je pense qu’ils s’en souviendront un moment, mais ils ont tenu jusqu’au bout. Chapeau !
Pour ma part, j’apprécie toujours autant cette liberté qu’on a, l’excellence des chevaux et le renouveau de chaque voyage. Ne jamais savoir le matin même ce que l’on va faire de la journée ajoute son grain de sel à l’aventure.
Avant le départ, je pensais que ça serait là mon dernier convoyage chez Bob. Je n’en suis plus si sûre. Je n’ai toujours pas été dans les moodies et Laurence ne serait pas contre l’idée d’y aller aussi. Depuis le temps que j’en parle. L’idée serait d’y aller en avril, comme ça au moins on irait chercher les bêtes sur leurs pâturages d’hiver, mais bon… de là à savoir ce qu’on y ferait… on est chez Bob après tout, et chez lui demain est aussi incertain que l’existence des extra-terrestres.Pour vous joindre à nous, visitez le site de L’Agence du voyage à Cheval , elle est là pour cela