Equiwestern, 2006

Equiwestern - Comment avez-vous découvert l’équitation et la culture western ? Parlez-nous de votre passion western.

Rémy Pagnard – Un peu comme tout le monde ma première approche de la culture western s'est faite par le biais du cinéma, des vieux westerns, des bandes dessinées comme Blueberry ou Lucky Luke. J'ai eu par ailleurs l'occasion d'être au contact des chevaux dès mon jeune âge. Dès lors l'association des deux n'était plus qu'une question de temps. 

EW - Pourquoi, au travers de l’organisation de voyages, avoir choisi d’en faire votre métier ? Partager cette passion ?

RP - Les hasards de la vie m'ont amené dans le travail du tourisme. Je me suis retrouvé aux Etats-Unis à organiser et accompagner des groupes dans l'ouest américain. Il m'a semblé logique de me recentrer sur le cheval, ces circuits ayant au départ une vocation sportive. Ceci m'a permis de rencontrer, côtoyer, apprendre à connaître à la vie d'un cowboy américain, et à partir de là de vouloir partager cette découverte.  

EW -Vous bénéficiez d’une expérience de 25 ans dans l’organisation des voyages équestres, quelles ont été les évolutions majeures dans ce domaine particulier au cours de toutes ces années ? En tant que cavaliers, les clients d’aujourd’hui sont ils très différents de ceux de vos débuts ?

RP – L'une des grandes évolutions que l'on a pu voir ces dernières années est le nombre croissant d'agences qui proposent du voyage à cheval, même les agences spécialisées en randonnée pédestre veulent s'engager dans le créneau. Seulement très peu d'entre elles savent organiser ou proposer des circuits authentiques. La plupart des voyagistes sont des agences qui se contentent d'acheter et revendre les mêmes circuits dans différents pays du monde. Les clients quant à eux n'ont pas vraiment changé, ils ont simplement plus d'offre et donc plus de difficultés à faire le bon choix. 

EW -Vous venez, avec Guy de Galard et Antoine Cloux, de vous regrouper sous la même bannière « agence du voyage à cheval.com  », pourquoi ce choix?

RP – Avec Guy et Antoine nous avons la même conception du voyage à cheval : la recherche de l'authentique, le partage de la culture cowboy. En nous regroupant sous une même bannière nous pouvons proposer une gamme plus complète de voyages avec toutes les garanties qu'offre une agence de voyage. Notre but est de proposer des séjours parfaitement authentiques, la difficulté étant de parvenir à exprimer cette différence. Nombre d'agence proposent des voyages à cheval, mais il ne s'agit pas du même type de produit, chacun a sa spécialité, le circuit touristique ou le partage du quotidien de la vie d'un ranch. 

EW - Comment se passent typiquement les séjours que vous proposez ? Vous accompagnez personnellement, vous travaillez avec des guides sur place ?

RP – Nous accompagnons tous nos séjours. Selon les destinations, Guy, Antoine ou moi-même accueillons les clients sur place à leur arrivée, le plus souvent dès la descente de l'avion. Nous sommes des accompagnateurs assurant l'encadrement et le lien linguistique avec les locaux. Sur place le propriétaire de l'exploitation nous sert de guide sur ses terres et nous fait partager son quotidien. Eux seuls sont vraiment en mesure nous faire découvrir et partager leur vie. Ce sont eux qui décident du programme de la journée en fonction des besoins du ranch ou des conditions climatiques. 

EW - Que recherchent les clients potentiels qui viennent vers vous ?

RP – Cela va dépendre des clients. Certains sont des habitués de la randonnée équestre qui veulent simplement découvrir un autre pays, d'autres veulent vivre un rêve d'enfant à la recherche de grands espaces, d'autres encore sont attirés par les cowboys et les indiens. Mais au bout du compte, sur un même séjour chacun va trouver ce qu'il venait chercher tant les paysages et les expériences sont nombreux et variés. 

EW - Quels sont les états de l’ouest qui ont le plus de succès ?

RP – Les Etats-Unis sont très grands ! Nous avons choisi les états qui à nos yeux étaient les plus représentatifs de l'ouest ou de la culture cowboy et qui offraient la plus grande variété de décors. Nous sommes très attachés à la beauté des lieux, nous souhaitons que chaque jour chaque cavalier découvre de nouveaux points de vue. 

EW - Et les activités ? Les cattle drive, les randonnées, autres ?

RP – Nous offrons différents types de séjours. Nous voulons pouvoir satisfaire toutes les demandes les plus éclectiques. Ainsi, nous avons les cattle drive pour les passionnés du travail de bétail, les séjours en ranch avec des randonnées en étoile, pour partager la vie du ranch et un niveau de confort un peu plus élevé, des randonnées en itinérance afin de découvrir les paysages, la faune et la flore d'une région, et également des séjours éthologiques pour ceux qui souhaitent ajouter une dimension supplémentaire à leurs vacances. 

EW - Vos clients sont ils avant tout intéressés par découvrir le véritable travail du cowboy et la culture western ou bien plus attirés par les extraordinaires paysages de l’Ouest ?

RP – Encore une fois tout dépend des clients. Quelques soient ses attentes, chacun va y trouver son compte, que ce soit au niveau de la culture d'un pays ou d'une région, des paysages, des chevaux, des rencontres, nous essayons d'offrir toujours le maximum pour que chacun reparte satisfait de son séjour.  

EW - Qu’est ce qui surprend le plus les clients lors de leur première expérience au pays des Cowboys ?

RP – Incontestablement les espaces et la liberté. Nous choisissons nos destinations pour les étendues qu'elles offrent. Ensuite nous essayons d'offrir le maximum de latitude à nos cavaliers, c'est là l'un de nos critères de différenciation par rapport à d'autres agences, chez nous la balade en file indienne, chacun à sa place, n'a pas court. Cela n'empêche bien évidemment pas de respecter les règles élémentaires de sécurité à cheval. 

EW -Quels sont les souvenirs qu’ils en ramènent ?

RP – Avant tout ces sensations qu'on ne trouve que dans ces pays là : les espaces infinis et la liberté à cheval. Nombre de clients partent faire d'autres séjours ailleurs et reviennent car ils ne retrouvent pas ailleurs cette liberté.  

EW - Que pourriez vous conseiller à ceux qui souhaiteraient partir pour un tel séjour ? Notamment au niveau au niveau de leur préparation en tant que cavalier, il faut, je suppose un minimum d’expérience?

RP – Avant tout d'avoir l'esprit ouvert, pas idées préconçues et d'images toutes faites, vues dans les films ou les livres. Même si ces images les ont fait rêver et amenés à vouloir faire ce séjour, il faut avoir conscience que l'on va être dans la réalité. Il faudra se montrer respectueux des gens qui nous accueillent même si parfois certaines choses peuvent nous surprendre.Pour ce qui est du niveau équestre, la maîtrise des trois allures est généralement suffisante, sauf dans certains cas où un niveau plus élevé est recommandé, mais cela est précisé au niveau de chaque fiche technique. Paradoxalement, les convoyages sont souvent les séjours les plus faciles pour tout le monde. Le rythme de progression est naturellement lent puisque celui des vaches. Chacun à son niveau va pouvoir se faire plaisir en suivant tranquillement le troupeau ou pour les plus aguerris en allant rattraper du bétail égaré. 

 EW - Les paysages sont superbes et l’authenticité au rendez vous, néanmoins, arrive-t-il que certains soient déçus ? Tout simplement par ce qu’ils se faisaient une autre idée de ce qu’est la vie dans un ranch ou le travail de cowboy ? 

P – Oui, cela arrive parfois. Certains viennent avec idées toutes faites en ayant vu des films ou lu des livres. Le cowboy est avant tout un être humain, s'il peut rentrer prendre une douche et dormir dans son lit il ne va pas bivouaquer pour bivouaquer. De même tous les cowboys ne jouent pas de la guitare ou de l'harmonica, et de nos jours tout le monde à un portable (même si bien sûr il ne passe pas partout, mais là c'est une autre histoire). Bien souvent l'idée que certains ont des cowboys est celle d'Hollywood, avec ses inévitables dérives cinématographiques. 

EW - Les clichés ont ils la vie dure ?

RP – Oui, par la force des choses. Tant qu'on n'a pas vu la réalité des choses en face, les gens sont fortement imprégnés de l'imagerie collective. 

EW - D’un autre côté, quel est le regard des cowboys sur nous autres qui tentons désespérément de les imiter ?

RP – Le cowboy va avoir la même réaction que le fermier chez nous quand il voit arriver des citadins dans sa bergerie. Il aura un sourire goguenard au départ, mais si les gens sont sympathiques, ouverts, respectueux, qu'ils montrent une réelle volonté à apprendre, à comprendre alors ils seront accueillis avec plaisir et le partage pourra se faire. 

EW - A votre avis, les Français et les Européens en général, ont-ils une idée juste de ce qu’est le travail du véritable cowboy et plus généralement de la culture western ?

RP – Tout ce qu'on a pu voir au cinéma est vrai, a été vécu. On le voit, on le vit ; chaque geste est réel ou a une histoire, tout comme la tenue du cowboy, mais cela ne veut pas dire que c'est le quotidien. Le cowboy est un homme avant tout, il ne vit pas comme cela 365 jours par an. Il fait ses courses dans un supermarché et regarde le foot à la télé. Ce sont des fermiers comme chez nous, qui vivent sur et de leur exploitation, avec leurs animaux. Le cowboy lui travaille à cheval car le terrain ne lui permet pas d'utiliser un camion ou un tracteur. 

EW - Ne sont ils pas plein d’a priori et d’idées reçues ?

RP – Comme je viens de le dire, oui, forcément puisque tout ce qu'ils savent a été "appris" par ouï dire, par le cinéma, par des images, des clichés…  

EW - Quel est votre regard sur l’équitation et le mouvement western en général tel qu’il se pratique actuellement en France et en Europe ? Les cavaliers Européens ne focalisent ils pas trop sur les disciplines de compétition au détriment de l’équitation de travail ? 

P – Au départ l'équitation western en France n'était pas fédérée, encadrée. Généralement il s'agissait de personnes déçues du classique qui voulaient davantage de liberté et randonner de manière plus confortable. Beaucoup avaient quitté cette équitation classique car ils étaient fatigués d'être enfermés dans des manèges et carrières, dans une équitation académique destinée généralement au concours. Mais en se développant, en adaptant des cadres et normes, l'équitation western a recréé ce même schéma. Acquérir de la technique western, travailler à la préparation de concours est très bien car cela fait évoluer la technique, mais ce n'est pas ce que cherchaient les cavaliers de la première heure.  

EW - Y aurait il des choses à changer, si oui, à votre avis lesquelles ?

RP – Non, il ne faut pas vouloir tout changer. Il faut laisser de la place pour tout le monde afin que chacun trouve son bonheur et son secteur de prédilection. Le danger vient de ce que beaucoup croient que l'équitation western passe maintenant obligatoirement par les disciplines reconnues. Or cela a parfois un effet répulsif, beaucoup n'aiment pas ce côté "m'as-tu vu", clinquant du concours et du monde académique. Il faut qu'ils sachent qu'ils peuvent continuer à évoluer en extérieur et en liberté sans forcément travailler le jog dans un manège. 

EW - Vous organisez aussi des départs vers l’Argentine afin de partager la vie des Gauchos. Une autre équitation de travail que l’on découvre tout juste. Quelles sont les différences majeures avec les séjours Nord et sud Américains ?

RP – Nous avons également des séjours avec les charros au Mexique. Buckaroos, vaqueros, cowboys, gauchos, charros, tous ces termes désignent des hommes qui travaillent à cheval, dans un même but : leur bétail (que celui-ci soit composé de vaches, moutons, chèvres, chevaux…) Les techniques sont différentes, le matériel est différent, les chevaux sont différents, la manière de travailler n'est pas la même et c'est toujours un grand plaisir que de découvrir toutes ces cultures et passer d'un endroit à un autre.  

EW - Pour parler plus généralement du tourisme vers l’Ouest Américain, la confusion entre working ranch, dude et guest ranch est souvent présente dans l’esprit des gens, pourriez vous nous en expliquer les différences majeures ?

RP – D'une façon simpliste, à partir du moment où il y a quelque chose avant le mot "ranch" ça n'est plus un vrai ranch. Tous les termes de dude, guest sont des mots qui transforment le ranch en site d'accueil. Ce sont des professionnels du tourisme qui accueillent des visiteurs, semaine après semaine, mois après mois. C'est exactement le type de lieu que nous cherchons à éviter à tout prix afin de pouvoir offrir de l'authenticité. Nos séjours se font dans des ranchs, tout court, qu'ils se nomment estancia en Argentine ou hacienda au Mexique, ce sont des fermes tout simplement où une famille travaille pour gagner sa vie et parce que nous connaissant de longue date acceptent de nous recevoir une ou deux fois par an.  

EW - Nombreux sont des lecteurs qui nous envoient des e-mails en nous demandant comment partir travailler dans un ranch Américain. Nous sommes toujours, sans être décourageant, réalistes, en disant que c’est quelque chose d’extrêmement difficile à concrétiser, et ce pour bon nombre de raisons notamment techniques et administratives. Qu’en pensez vous ?

RP – C'est effectivement une question que l'on me pose souvent sur les salons. Il faut être réaliste c'est un beau rêve, mais ça ne peut être que cela. Les ranchs sont des exploitations familiales. Chaque membre de la famille participe au travail et quand il faut des mains supplémentaires on fait appel au voisin, qui fera lui-même appel à vous quand il en aura besoin. Pourquoi dans ces conditions faire venir un français, qui parle mal la langue, ne connaît pas le terrain, les techniques locales, a tout à apprendre, même gratuitement ? De plus se pose le problème de l'immigration très contrôlée. Il est impossible de travailler sans permis et impossible d'obtenir un permis. Un fermier ne va pas courir le risque de tomber dans l'illégalité pour embaucher un jeune étranger. Imaginez un américain qui voudrait travailler dans une ferme du limousin. Quel fermier accepterait ? Quelques privilégiés y parviendront par le biais d'une connaissance, mais c'est une très très infime part de tout ce que les gens peuvent rêver. 

EW - Y aurait il un message que vous souhaiteriez faire passer à nos lecteurs ?

RP – Il existe sur le marché deux types de séjours bien différents : le séjour classique, carré, bien organisé et avec un confort maximum. Beaucoup d'agences font ça très bien.Nous avons choisi de privilégier l'authentique, le véridique, avec moins de dates, moins de destinations, mais dans des conditions uniques. Internet est un outil fabuleux et l'on trouve pléthore de propositions. Il faut faire très attention, car on y trouve quantité de choses et de gens, certains pas forcément légaux. Il ne faut pas aller n'importe où, n'importe comment, se méfier des pseudo professionnels sans existence légale, ni en France ni aux US. Il ne suffit pas d'un lien commercial sur le net, n'importe qui peut apparaître en première ligne sur le net en payant et là il y a un réel danger. Une certification d'agence de voyage est déjà un gage de crédibilité. L'agence du Voyage à cheval , vous offre ces garanties, je me ferais un plaisir de vous y accueillir.